01/03/2014

La montagne sans nom de Léonard de Vinci

 

Voici le croquis tel qu'il apparaît depuis cinq siècles dans un manuscrit  de Léonard de Vinci.

pic de bugarach,bugarach,léonard de vinci

On sait bien que l'artiste aimait s'éloigner des villes et des grandes routes pour étudier la nature à travers une observation directe pour pouvoir porter son propre jugement sur ce tout qu'il observait. Selon les spécialistes les caractéristiques graphiques de certains des paysages qu'il avait dessinés dans ses carnets démontrent, de par notamment l'absence d'idéalisation, qu'il s'agissait de lieux réels. Ce paysage entre dans ce cas de figure.

Pourtant - malgré des tentatives maladroites jusqu'ici autant en ce qui concerne les sites proposés que pour ce qui est des essais de déchiffrement des inscriptions présentes sur le croquis - ce profil de montagne n'a dans les faits à ce jour jamais été identifié là où les experts naturellement se seraient attendus à le trouver :  quelque part en Italie, dans les Alpes, ou les Apennins.

Ainsi la montagne, qui quelque part dans le monde réel avait un jour servi de modèle à l'artiste, attendait toujours. 

Si on y pense bien ce fait est en lui-même assez surprenant. Comment se peut-il qu'en cinq siècles - alors que les sites montagneux d'envergure (de toute évidence celui-ci en est un) sur les chemins de Léonard qui loin des villes n'ont pas changé depuis cinq siècles, et ne sont pas si innombrables - personne n'ait pu identifier le modèle de ce dessin ?

Alors en définitive et aussi décalée que semble à première vue cette proposition, ne pouvons-nous pas un instant nous demander si "quelque chose", une raison qui resterait dans ce cas à définir, n'aurait fait éventuellement en sorte que nos yeux jusqu'ici aient été dans l'impossibilité matérielle de pouvoir mettre en relation directe le dessin et son modèle ?

Ne resterait plus dans ce cas, bien sûr, qu'à mettre un nom sur un tel fait. 

Alors maintenant, pour ce qui est donc de ce dessin tel qu'il apparaît depuis cinq siècles dans les carnets de Léonard de Vinci...

pic de bugarach,bugarach,léonard de vinci

... regardez ce qui se passe si on considère cette vue d'un simple regard... de travers. 

pic de bugarach,bugarach,léonard de vinci

C'est forcément alors, sur un plan visuel, d'une certaine manière une "autre montagne" qui apparaît. Or c'est bien ainsi que le dessin s'était présenté à mon regard la première fois que je le découvrais.

Je faisais alors défiler les pages d'un gros livre d'art non pas en tenant celui-ci bien à plat et la page grande ouverte, mais à bout de bras et en faisant du pouce défiler rapidement les pages sous mes yeux. De ce fait à cet instant la vue m'est  apparue en biais, avec en terme de perspective la déformation nécessairement consécutive à cet angle visuel, et donc pour conséquence que la silhouette de la montagne s'est naturellement montrée moins allongée.

En quelque sorte, verticalisée

Je me souviens avoir alors pensé tout simplement : "Tiens... je connais cette montagne" sans réaliser encore que je venais de poser les yeux sur une preuve qu'avant d'avoir fini par renoncer, et sans avoir idée de la forme que prendrait cette preuve espérée, j'avais longtemps cherchée à la suite d'une recherche partie d'un détail dans un tableau de Léonard de Vinci.

Et si ce profil m'avait semblé familier c'était juste à cause de la silhouette d'une vraie montagne qui, chemin faisant, était un jour entrée dans mon regard au cours d'une randonnée dans l'Aude. Après avoir visité les ruines du château de Puilaurens je traversais le village de Bugarach pour prendre la direction du château d'Arques, à égale distance environ de Rennes-les-Bains et Rennes-le-Château.

Alors voilà maintenant sur cette photo, ce que voient tous les matins en ouvrant leurs volets les habitants du petit village de Bugarach, dans ce département de l'Aude .

pic de bugarach,bugarach,léonard de vinci

Ceux qui ne connaissent pas cette montagne ne comprendront toujours pas mais les habitants de ce village savent qu'une simple ballade matinale - sur un petit sentier qui en direction du sud contourne la montagne par la droite - permettra de se mettre en condition cette fois, en levant simplement les yeux, de voir le Pic sous un tout autre aspect.

pic de bugarach,bugarach,léonard de vinci

En effet la silhouette apparente de ce massif imposant varie très rapidement du fait de sa topographie complexe. Lmoindre déplacement de l'observateur dans chacune des trois dimensions de l'espace

- latéralement en passant dans un sens ou dans l'autre devant le massif

- verticalement en quelque sorte, du simple fait de s'élever ou de descendre sur le relief complexe qui l'entoure

- mais aussi bien sûr en s'éloignant ou en se rapprochant

fait que le profil s'en trouve immédiatement transformé.

Ainsi dans ce cas précis, en contournant par la droite la montagne si on se dirige vers le sud, l'effet de contre-plongée sous la grande falaise tout à droite du profil, d'un simple point de vue relatif paraîtra alors sans cesse plus surplombant, tandis que dans le même temps la pente apparente de la longue ligne de crête accidentée qui descend vers la gauche, se mettra à "pencher" toujours davantage. 

A un moment, parvenant en un point donné de ce sentier nommé "chemin cathare" dans les guides, un point unique, celui-là et aucun autre, il suffira alors - dans cette configuration très précise -  de comparer simplement le paysage avec un dessin : le croquis - une fois celui-ci cependant d'une certaine manière défait d'un voile visuel qui n'aurait ainsi tenu qu'à l'angle d'attaque de la prise de vue - d'une montagne anonyme que Léonard de Vinci semblait ainsi avoir un jour couchée sur un carnet de voyage, il y a cinq siècles, en s'égarant en un lieu qui depuis était resté inconnu...

Lieu qui, quelque part en pleine nature, aurait dû à priori se trouver en Italie.

pic de bugarach,bugarach,léonard de vinci

Où les experts la cherchent toujours.

 

Et certainement aurait-on pu l'y chercher longtemps, en Italie, puisque cette vue photographique est prise dans le sud de la France, et qu'il s'agit du plus haut sommet des Corbières.

Le Pic de Bugarach.

BUGARACH AQUAYOUP.jpg

Où bien sûr Léonard de Vinci (à lire ses biographes, lesquels écrivent aussi qu'il restait bien un "blanc" ou deux dans l'agenda de sa vie) ne s'est jamais rendu.

bugarach,pic de bugarach,léonard de vinci,leonardo da vinci,corbières,aude,anamorphose

Alors voilà... tout cela, ce fait précisément que la ressemblance était ainsi née non pas d'une vision naturelle c'est-à-dire de face, mais d'un regard en travers, avec un certain "angle d'attaque", revenait bien sûr à dire que la silhouette du Bugarach considéré sous cet angle ressemblait non pas à celle du croquis de Léonard de Vinci tel qu'il apparaît dans ses carnets (et donc jamais identifié sous cette apparence), mais à une vision déforméede ce dessin.

Déformée en l’occurrence en lui faisant subir un traitement graphique parfaitement connu sous le nom... d'anamorphose. Précisément une anamorphose linéaire, encore dite anamorphose plane, la plus simple qui soit.

Voilà donc en quoi aurait constitué ce quelque chose qui nous aurait interdit depuis cinq siècles d'identifier dans le croquis une vision réelle que Léonard de Vinci aurait eu un jour au cours d'une escapade en pleine nature.

Une vision anamorphosée.

Sur un plan donc graphique, maintenant, et en mode moins artisanal qu'une vision en biais, il suffira pour oser affronter bien "en face" cette fois le "problème", de faire sur un plan subir à l'image une déformation anamorphique en ne faisant varier qu'un seul paramètre à la fois. 

Soit en déformant  le profil du croquis dans le sens de la hauteur. 

pic de bugarach,bugarach,léonard de vinci

Soit en "pinçant" la longueur horizontale sans cette fois modifier la hauteur.

pic de bugarach,bugarach,léonard de vinci

Le résultat sera le même dans la mesure où, dans un sens comme dans l'autre, en valeur absolue le coefficient d'anamorphose demeure identique. Avec à noter ici le fait que dans ce cas ce coefficient multiplicateur (ou démultiplicateur) prend une valeur simple. Et précise :

2

Ce qui d'un simple point de vue statistique est en soit remarquable. Un nombre, en définitive, si peu aléatoire.

Si le fait de pouvoir superposer un dessin anamorphosé de Léonard de Vinci avec une montagne réelle ne devait résulter que d'une simple coïncidence, alors ce coefficient n'aurait-il pas eu une chance infinie de prendre une valeur totalement aléatoire ? En d'autres termes ne fallait-il pas s'attendre à ce que cette valeur s'exprime pour le moins par un nombre à virgule ?  Or ici on a donc le plus simple et précis à la fois des nombres entiers que l'on puisse mettre en œuvre pour une anamorphose. De quoi commencer peut-être à suspecter au moins le fait d'un choix. Et donc d'une intention.

Rien pour autant ne permet - dans l'absolu - d'affirmer qu'il ne s'agisse pas simplement d'un hasard. Mais rien non plus n'interdit plus maintenant de se risquer à envisager le fait qu'une motivation sous-jacente ait pu guider cette anamorphose.

 

Et la question fondamentale est bien là, impossible à éluder :

Simple hasard ?... ou bien se pouvait-il que la ressemblance puisse résulter d'une intention, de la part du dessinateur ?

Dans ce dernier cas il faudrait bien envisager que celui-ci ait pu rencontrer, physiquement, son modèle.

Léonard de Vinci,Bugarach,Pic de Bugarach

Et comme les montagnes ne se sont jamais déplacées à ce jour que dans les fables...

 

De quoi commencer pour le moins à envisager la question du voyage oublié. Pourtant une telle chose était-elle simplement possible ? 

Peut-on imaginer ainsi que Léonard de Vinci, dont bien entendu aucune biographie ne rend compte d'un voyage dans le sud-ouest de la France, avait pu un jour - dans un dessin qui pour les spécialistes ne peut indiscutablement que représenter un site réel - déformer intentionnellement la vision d'une montagne qui, quelque part du côté des Pyrénées et non en Italie, serait un jour entrée dans l'espace de son regard ?

Question qui commencerait par celle de se demander si Léonard de Vinci, dont on connaît directement ou par recoupements la chronologie des faits et gestes d'une carrière de génie universel, aurait pu prendre le temps d'une escapade incognito sur les mauvaises routes d'un pays qui était alors, dit-on, infesté de corbeaux (les Corbières !), et qui, pour un florentin de la Renaissance, auraient dû paraître un bien lointain et improbable far-west ?

Et pour commencer... était-il de son temps même en mesure, que ce soit "mentalement" ou en atelier, de pouvoir mettre en œuvre un tel procédé graphique ? L'anamorphose ?

Avant de nous mettre en quête des aspects finaux :

1. le scénario précis et définitif, 

2. puis le mobile, car il en faut un, et un sérieux, pour avoir fait ça un jour : rayer l'évènement des mémoires par le biais d'une anamorphose, à fortiori inapparente en première intention (puisqu'on ne peut nier qu'il aurait ainsi lui-même fait en sorte que nous en soyons encore là cinq siècles après)

voilà donc maintenant les trois premiers éléments qu'il nous faut avant toute chose vérifier - l'enquête préliminaire en quelque sorte - avant que ne commence l'investigation proprement dite.

1. L'identification et la vérification des SOURCES, d'une certaine manière le relevé des empreintes de l'artiste :

Ce dessin est-il vraiment de Léonard de Vinci ?

2. L'arme du crime dirait-on, s'il s'agissait d'une enquête policière, en d'autre termes la POSSIBILITÉ TECHNIQUE du fait :

L"hypothèse d'une anamorphose intentionnelle est-elle raisonnable ?

Scénario d'une anamorphose / TENTATIVE DE RECONSTITUTION

3. Enfin non pas l'alibi dans ce cas, mais la possibilité d'une "absence", une vacance en quelque sorte dans l'agenda d'un génie universel / LA FAISABILITÉ MATÉRIELLE DU VOYAGE :

Léonard aurait-il pu avoir le temps d'un aller-retour Italie du Nord/Haute Vallée de l'Aude ?

 

 

Jean-Pierre PERINI

 

 

27/02/2014

L'AVENTURE REPREND.

Bonjour, je reprends aujourd'hui l'écriture de ce blog après une année d'absence.

pic de bugarach,bugarach,léonard de vinci

L'expérience avait dès le départ été enrichissante. Beaucoup d'entre vous, les uns avec sympathie les autres avec exigence, m'avaient fait part de leur enthousiasme. Je les en remercie du fond du cœur, ces messages m'avaient permis de passer des périodes de doute et de découragement ; et je leur demande aussi de me bien vouloir pardonner de ne pas avoir toujours répondu aux commentaires et aux mails qui m'étaient transmis. Je les remercie aussi pour leurs critiques, franches et directes parfois, mais le plus souvent constructives. J'ai ainsi pu prendre conscience de certaines erreurs d'appréciation, sur le plan des arguments et du contenu, mais également pour ce qui est de la forme. La communication par le moyen d'un blog demande quoiqu'il en soit un apprentissage.

Il était donc question d'un dessin de Léonard de Vinci qui, une fois anamorphosé (il faudrait donc écrire "dés-anamorphosé") paraissait montrer une silhouette du Bugarach considérée sous un angle particulier. A ce jour encore beaucoup n'envisagent pas une seconde que cela soit possible, et de ce fait il serait soit question d'un pur hasard, pour ce qui est de la ressemblance, soit ni plus ni moins d'une supercherie. Quant à ceux qui, une fois levées toutes les incertitudes techniques en ce qui concerne l'authentification de l'œuvre, acceptent d'envisager au moins la possibilité d'un voyage "oublié" de Léonard de Vinci dans les Corbières, la question qui s'impose alors est de chercher à comprendre, forcément et là est tout autant la difficulté que la fascination qu'une telle question est à même de susciter, la finalité d'un tel déplacement.

C'est justement pour tenter d'apporter des réponses à cette question que j'ai fait le choix de suspendre une année entière l'écriture de ce blog. Et je ne le regrette pas. Le résultat de ma recherche est désormais sans ambiguïté. Je peux donc l'écrire maintenant :

Oui. Léonard de Vinci était venu un jour au devant du Pic de Bugarach.

Mais il y était aussi monté, afin de se rendre en un point précis de la montagne. Il en avait laissé un témoignage direct. C'est ce que j'ai pu comprendre, "là-haut", grâce à ce que montre un rocher quelque part sur la crête. Un rocher aussi devant lequel, un siècle et demi après Léonard, était passé Nicolas Poussin. Celui-ci en avait laissé une preuve également dans l'un de ses tableaux, au 17ème siècle. Alors de ce rocher j'en ai ramené une photo. Je la produirai bien sûr dès que cela sera possible. L'écrire ici, de cette façon, sans encore fournir d'éléments formels, semblera à beaucoup ridicule. Et à ce stade je peux parfaitement le comprendre. Si je le fais d'ores et déjà cependant c'est uniquement pour, d'une certaine manière, prendre date.

Ce que j'ai pu comprendre durant cette année de recherche me permet d'écrire également - là aussi j'en apporterai les éléments -  que Dante Alighieri avait écrit sa Divine Comédie directement en rapport avec le Bugarach, celui-ci étant en réalité la "porte d'entrée" du voyage dont parle le poème. Là encore beaucoup vont certainement sourire, dans le meilleur des cas. Et pour le moment c'est d'ailleurs bien ainsi.

Alors pourquoi... Pourquoi Léonard de Vinci avait-il fait ce voyage improbable à des centaines de kilomètres de l'axe officiel de ses déplacements, au cours de sa carrière de génie ?

La réponse est simple. Il suffit de lire - pour commencer car les éléments d'appréciation sur le plan historique sont bien plus nombreux et précis qu'on pourrait à priori le penser -  ce qu'a écrit José Luis Espejo il n'y a pas si longtemps dans ses deux ouvrages : Los anos perdidos et El viaje segreto. Je ne partage pas l'intégralité des vues de cet auteur catalan ; cependant on gagnera à prendre connaissance de cette thèse pertinente, pour gagner du temps en quelque sorte, quand l'hypothèse d'un voyage de Léonard dans le piémont pyrénéen sera, bientôt, devenu un fait acquis.

Tout porte à penser effectivement que Léonard de Vinci était le descendant d'une famille de cathares roussillonnais ayant fui l'Inquisition environ deux siècles avant la Renaissance pour rejoindre le nord de l'Italie.

Et s'établissant donc en Toscane. Ce sont les Vinci dans ce cas, qui auront donné son nom au village toscan de Vinci, et non le contraire. Car l'origine de cette famille était de Vinciano, sur les rives de la Thêt. Aujourd'hui Vinça. Allez-y pour voir. Montez en direction du Canigou en passant devant le Prieuré de Serrabone (la "Bonne Colline" disait l'abbé Boudet de Rennes-les-Bains, dans sa Vraie langue celtique). Et en chemin levez les yeux en direction nord-nord-ouest, pour scruter l'horizon. Vous y verrez une montagne bleue au lointain dépasser d'entre toutes, forcément. Le plus haut sommet des Corbières. A cet instant tâchez d'avoir sur vous une reproduction de la Madone Litta, que Léonard avait peinte en 1482, au moment de son arrivée à Milan, soit très jeune encore. Et regardez alors par une des fenêtres, dans ce tableau. Vous en confluerez raisonnablement que ça ne prouve rien. Forcément. Mais il vous restera alors à mettre cela en rapport avec le fait qu'Henri Boudet, dans son livre, avait positionné deux images l'une derrière l'autre, alors qu'il n'y était pas obligé, puis de raisonner en contemplant à nouveau la Madone Litta. Enfin il faudra bien observer la carte de l'abbé pour convenir qu'effectivement il avait mis Léonard de Vinci au cœur de son secret, exactement comme l'abbé Saunière le fera à Rennes-le-Château, dans son église, puis Jules Verne dans l'un de ses romans, qui n'est pas Clovis Dardentor.

Alors voilà, il faudra dire désormais Léonard le cathare. Et envisager cette fois sérieusement qu'il était revenu sur les lieux, vérifier une légende perdue transportée en Italie dans la mémoire des fugitifs. Mais ça ne sera pas suffisant pour comprendre. Il faudra aller plus loin encore, et pour commencer, dans son croquis, tenter de déchiffrer l'inscription positionnée juste au dessus d'un "artefact". Une fois cela fait, l'étape suivante sera de mettre en relation vos observations dans la Madone Litta, puis dans les images "consécutives" du livre de l'abbé Boudet, avec l'apparition céleste, au sommet d'une montagne, de "celui" qui avait reçu l'héritage "alchimique" (et oui !) des cathares, avant de le transmettre à Dante. Héritage que Vincent-de-Paul recevra à son tour bien plus tard, revenant aussi sur "les lieux du crime" pour témoigner à son tour, discrètement (par nécessité) et faisant le bien sur son chemin, du fait que le Bugarach, de fait, était bien une "porte". Une porte métaphorique bien sûr, et non pas une fantasmagorique porte "spatiotemporelle", mais pour autant une porte de l'aventure humaine toute entière, celle qui sépare l'enfance de la maturité, et dont la Renaissance avait tenté de "dérouiller" la serrure restée trop longtemps grippée. Mais ça n'avait pas marché, alors Léonard pour ne pas que le message soit perdu, et ne pas perdre la mémoire d'un itinéraire, après son voyage "oublié" s'était mis en devoir de peindre sans répit. Avec des paysages un peu enfumés au fond de ses tableaux.

Cette porte est celle en réalité que Poussin avait peinte aussi au fond de son autoportrait, et qui n'était pas une porte en fait, mais un panneau de bois, comme ceux sur lesquels on peignait encore à la Renaissance. Dans ce cas du bois de peuplier. Pour accéder à la "porte" de cet autoportrait, le "triste" puisqu'il y en avait aussi un "souriant", il fallait cependant déplacer auparavant trois autres tableaux. Mais encore fallait-il les identifier, ces trois tableaux. Pour le premier de ces tableaux, celui où apparaît une femme au visage de lune, c'est assez facile, mais pour autant restait comprendre l'allusion. Pour le second, en premier plan en fait, c'est un peu plus difficile, car on ne voit que le dos de l'œuvre, mais une fois ce second tableau identifié l'enseignement qu'on en retire est proprement à couper le souffle - et l'abbé Boudet savait cela bien sûr - car c'est ni plus son propre chemin vers le Bugarach que Poussin avait signifié là "en toutes lettres". Enfin le dernier tableau, dont on ne voit pas même un détail, juste un segment d'encadrement, mi ombre mi lumière. Pourtant c'est suffisant, et ce troisième tableau a été retrouvé il y a à peine quelques années, et conservé en France au prix de quelques millions d'euros pour ne pas le voir émigrer aux Etats-Unis. Une œuvre cette fois qui explique tout, pour peu qu'on se penche sur ses curieux détails chemin faisant - sans trébucher sur les pierres affleurant sur le sable - en direction d'une Arcadie lointaine mais réelle.

C'est bien du plus grand secret d'une civilisation qu'il est question ici. Et il fallait donc un vieux croquis oublié de Léonard de Vinci pour que ce secret retrouve, bientôt, la lumière du jour. Il m'a fallu une année entière pour le comprendre. S'il fallait le dire en quelques mots je crois que je choisirais de vous inviter à lire un livre écrit il y a plus de cinq siècles et qui était dit-on le manifeste même de la Renaissance, par un ami de Léonard à l'Académie de Florence : Pic de  la Mirandole. Tout tient en une phrase. L'homme, contrairement aux anges et aux animaux n'a "aucune place où poser sa tête pour dormir". Et la nécessité alors, d'un programme de civilisation.

La "dignité" de l'aventure humaine est d'avoir à tracer son propre chemin, à égale distance des précipices de la liberté et de la nécessité, du soleil et de la lune, de la lumière et de l'ombre. Mais aussi du ciel et de la terre. L'écrire comme ça fait un peu "cucu". Pourtant ce n'est pas rien, un tel programme. Car cela ne peut se faire que par le truchement d'une "ivresse". Celle dont parle un poète justement, on pourrait presque parler d'une "potion magique". Sauf qu'il n'y a ici bien sûr aucune magie, mais un concept extrêmement pragmatique, et fondé sur l'expérience du réel. Léonard de Vinci n'aurait accepté aucun compromis avec l'expérience des faits. C'est bien ça, qu'il était allé chercher là-haut, sur la crête du Bugarach, avant de repartir comme il était venu en prenant bien soin auparavant de tirer un voile devant la silhouette de cette montagne qu'il était venu retrouver, au pays de ses ancêtres, juste pour vérifier, comme ça (parce qu'il était différent des autres), que le rêve un jour avait bien fusionné avec la réalité.

Alors De la dignité de l'homme, le livre de Pic, lisez-le attentivement, puis penchez-vous sur la Melencholia de Dürer (attention à ne pas perdre en passant, au risque de passer à côté, la faute d'orthographe que les experts, un peu psycho rigides en ce sens, ont tendance à corriger spontanément : Melencholia, en effet, et non pas Melancholia, sinon on en perd le message essentiel indiquant le rapport au manifeste de la Renaissance de Pic) en tentant de comprendre en quoi cette gravure, quintessence du drame d'une civilisation, la nôtre - drame auquel on devait forcément finir par être confronté au bout du chemin si on ne comprenait pas la faute d'orthographie du titre - conceptualise un étroit passage, difficile mais seul viable, entre les deux autoroutes de l'obscurantisme et de l'illuminisme, la religion du rêve pur, et la science matérielle sans conscience. Léonard de Vinci était venu ici, très jeune, pour mettre au point un programme de civilisation axé sur la seule chose qui, au regard de l'aventure humaine toute entière, en valait la peine : le comportement humain. Plus exactement la maîtrise d'une trajectoire, celle de toute existence humaine individuelle, préalable incontournable à toute maitrise des trajectoires civilisationnelles. Il est question ici du Bien et du Mal, forcément. Mais pas du mal que l'on croit, celui qu'on nous fait. Ce serait trop facile. Il est question bien sûr de l'autre, le mal qu'on fait. Et là, forcément, c'est plus compliqué. En gros toute cette histoire des mystères audois - et je comprends qu'on aura du mal à l'admettre tant qu'on n'entre pas maintenant dans le détail - abstraction faite de toute possibilité de trésor matériel ou spirituel (car il faudra y venir aussi) n'a pas d'autre objet en réalité (d'où l'ivresse dont il était question plus haut) que d'apprendre courageusement à maîtriser un dragon. Si un jour (c'est l'histoire de l'île déserte en plus moderne) l'humanité devait emporter une seule chose dans sa fusée en prévision d'un cataclysme, c'est forcément ça qu'elle devrait garder - la manière très pragmatique de parvenir à se coltiner le dragon intérieur, la recette en ce sens d'une ivresse lucide que précisément Léonard avait retranscrite en la peignant, littéralement, dans le paysage de la Joconde : un paysage de l'âme - et non pas une équation mathématique ou un dogme religieux. 

Cherchez dans les carnets de Léonard et vous comprendrez mieux. Tout y est. Plus exactement il est question d'avoir le courage - c'est la moindre des choses pourtant ça ne semble pas être allé de soi pour tout le monde depuis quelques millénaires - de s'occuper du mal qui est en soi avant que de chercher à extirper celui qui se trouve dans le cœur des autres.

Dans l'église Saint-Sulpice Delacroix avait mis un drôle de casque à Saint-Michel, au plafond de la Chapelle des Saints-Anges. En fait par pudeur il avait juste dissimulé ce que Raphael de son côté, dans son Saint-Michel, n'avait pas hésité à montrer, et qu'aucun expert pourtant n'a vu depuis cinq siècles. Si vous comprenez ça, et si vous vous demandez aussi accessoirement pourquoi Michel, le héros du Paris au XXème siècle de Jules Verne, est pris d'un étrange haut le cœur en traversant Paris (passant devant une statue), alors vous commencerez à avoir un début d'explication à ce curieux dessin de Léonard de Vinci qui une fois défait de son voile anamorphique ressemble à une montagne perdue au fin fond des Corbières.

Ne vous y trompez pas, c'est bien d'un secret au delà de l'imaginable qui est resté ici en l'état, intact, depuis bien plus de cinq siècles en fait, et qu'il ne reste plus maintenant qu'à faire ressurgir à la lumière du jour. Pour peu cependant que les rêveurs arrêtent de prendre les vessies de l'imaginaire pour les lanternes du savoir, mais pour peu aussi que les experts de ce savoir, aujourd'hui, se déparent un tant soit peu de leur psychorigidité scholastique pour analyser les faits, rien que les faits, mais tous les faits, avec un minimum de bon sens.

Léonard à sa manière, après avoir retrouvé le chemin perdu en avait en quelque sorte matérialisé l'itinéraire dans un plan, sous la forme d'un dessin anamorphosé, puis il nous l'avait en quelque balancé comme une bouteille à la mer par dessus le mur des siècles. Espérant qu'on finisse un jour par comprendre, et décrypter enfin sa Joconde.

Ce sera donc l'objet ici, en prenant tout le temps nécessaire puisqu'après tout ce secret aurait pu attendre des siècles encore - et qui sait risquer aussi de ne plus jamais être élucidé si le croquis avait disparu comme les quatre cinquièmes des dessins de Léonard perdus à jamais - de la reprise aujourd'hui de ce blog après une année de vacance.