15/03/2016

Le réel et l'imaginaire


Bonjour.

Si ce sont les trésors cachés qui vous intéressent, vous serez un peu déçus, cette vieille histoire en comptait probablement un, tout au début, mais il aurait été déjà redécouvert, et depuis soit dilapidé, soit déplacé. Si, loin des trésors matériels, vous êtes au contraire attiré ou attirée par une recherche plus ou moins spirituelle, alors ça ne sera pas mieux, ce n'est ni d'or lourd ni d'or mystique qu'il est question ici. L'homme qui est au centre de cette histoire n'aimait je crois ni la dure réalité pour elle même, contrairement à ce que peuvent laisser penser ses dessins technologiques, ni les évanescences dématérialisées, comme cette fois le suggèreraient ses peintures. Non lui, ce qui l'obsédait probablement, c'était autre chose. Un concept très particulier. Une idée particulière qu'il aurait tenté de... comment dire... d'expérimenter. Voilà c'est ça.

Expérimenter.

C'était ça en fait son truc, son génie comme disent les experts. Mettre le doigt, et les yeux, et sa réflexion, à la frontière exacte du rêve, et de la réalité. Et en définitive, si on est un tant soit peu sincère avec soi, c'est bien ça, au fond, qui fait avancer chacun de nous entre les deux portes de l'existence.image.jpeg Ne se satisfaire ni des évidences du monde sensible ni des vertiges de l'imagination. Et tenter de trouver l'endroit précis où, quelque part autour de la planète, ou au fond de nous peut-être, pourraient se mélanger le réel, et... et disons l'imperceptible. Pour réanchanter le premier, le rendre ainsi plus vivable, et en définitive plus compréhensible, et pour apprivoiser le second, tenter de de rendre l'invisible plus palpable.

Pour lui, je crois, il n'existait pas de conflit entre l'imaginaire et le réel, le premier n'étant ainsi que la projection de son esprit, par delà les évidences immédiates, dans l'invisible donc, pour tenter ramener, de ce côté-ci du miroir, des lambeaux d'autres vérités, encore inconnues. Et repousser ainsi la frontière entre le rêve et la réalité. L'esprit et la matière. L'ombre et la lumière.

Les livres qui parlent de Léonard de Vinci commencent un peu tous de la même manière : "Nous allons vous parler d'un homme dont le mystère, depuis cinq siècles, est resté entier...". Une fois passé le moment en effet de l'admiration, pour ses fulgurances scientifiques exprimées avec la désarmante et lumineuse spontanéité d'un homme qui n'avait jamais étudié aux universités, il ne nous reste, pour tenter de comprendre, que les ombres de ses quelques tableaux. Quant à ses fameux carnets, seuls 20% sont arrivés jusqu'à nous.

Un sur cinq. Parmi ceux-ci le dernier à avoir été retrouvé, dans les années soixante, montre une montagne.

Une montagne ordinaire, presque insignifiante. Au point de se demander quel intérêt il y aurait eu de dessiner un site aussi inintéressant à première vue. Une montagne si peu idéalisée en fait, si peu élancée. Si "plate".

Un site dont le modèle en pleine nature, pour tout dire, n'a à ce jour jamais été identifié dans la réalité.

Je ne suis pas vous le comprendrez vite un spécialiste, concernant Léonard de Vinci, ni d'ailleurs en quoi que ce soit. Alors s'il vous faut des certitudes vous trouverez facilement ailleurs de vrais experts qui tentent, en ce moment même avec application et compétence, de résoudre le mystère de Léonard de Vinci en remuant de vieux os dans une tombe pour identifier la Joconde ; ou, un peu comme les océanographes à la recherche d'espèces encore inconnues, en descendant avec des machines dans l'épaisseur des peintures pour en remonter d'obscurs repentirs psychanalytiques. Ici nous nous contenterons de laisser glisser nos yeux à la surface des images, et nous laisserons les morts dormir en paix. Sauf un bien sûr, Léonard, mais juste pour retrouver sa mémoire perdue, et au fond, c'est bien ce qu'il avait certainement espéré, au delà de tout, comme pour organiser son évasion, ou celle de sa mémoire, et survivre au passage du temps. Et il devait bien rire en nous imaginant, des siècles encore plus tard, perplexes, égarés parmi les ombres enfumées de ses tableaux.

image.jpegCar qu'est-ce finalement que la Joconde, avec ses paysages insaisissables et paradoxalement si précis, sinon comme... une bouteille à la mer ?

Avec à l'intérieur inlassablement ciselé une vie durant, le message scellé qu'un vieux fou, égaré dans son temps, et conscient qu'il faudrait des siècles encore pour que quelqu'un finisse par comprendre sa plus grande découverte, y aurait discrètement inséré. L'image, sous une forme quasi photographique, d'un lieu..

Celui, jusqu'à un point peut-être où personne avant lui n'était parvenu, où le rêve et la réalité, un jour auraient vraiment fusionné.

Alors, sans vraiment être totalement certain qu'un jour nous puissions comprendre, et interpréter les indices qu'il avait laissé sur un croquis presque insignifiant dans les pages d'un carnet sauvé de l'oubli, avant de disparaître le vieux fou, rassemblant toutes ses forces, cette bouteille il nous l'aurait comme balancée, un jour, par dessus le mur du temps.

C'était probablement le jour où, pour se donner toutes les chances que le précieux flacon ne se brise sur les récifs de l'oubli, il avait, après avoir traversé les Alpes à dos de mulet avec son précieux chargement, déposé dans les mains d'un roi une vieille planche de bois recouverte d'un incompréhensible paysage. Et qui n'était, en réalité, à peine estompé sous le voile de la métaphore, qu'une... carte.

La carte d'un itinéraire, un vieux chemin oublié, menant à une montagne interdite.

 

13/03/2016

Leonardo is back

Cette année 2016 célèbre les cinq cent ans de l'arrivée en France d'un vieux fou incompris. Leonardo da Vinci. Avec dans ses bagages une planche de bois de peuplier recouverte d'un épais mystère clair-obscur. La mémoire en fait d'un itinéraire menant à une montagne. Puis sur ses chemins, jusqu'à l'unique col permettant de basculer d'un versant à l'autre.