10/02/2013

Le passage sur la crête.

Léonard de Vinci avait donc dessiné le Bugarach dans un de ses carnets. 

BUGARACH,LEONARD,VINCI

Mais il en avait anamorphosé la silhouette comme s'il fallait que le plus longtemps possible personne ne sache qu'il était venu. Et pour le moins ça aurait marché. Cinq siècles.

LEONARD,VINCI,BUGARACH

Alors comment maintenant expliquer ça. Est-il raisonnable de penser que Léonard ait eu un jour un rendez-vous secret avec le Bugarach ?

Il restait bien quelques blancs dans l'agenda de sa vie, de quoi en tout cas permettre de caser l'espace d'un voyage oublié.

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Même si à ce stade sans preuve matérielle les experts seront trop prudents - c'est leur travail et c'est bien comme ça - pour admettre une évidence simplement visuelle dont un enfant se satisferait. Et les adultes il faut leur expliquer longtemps. Leur donner des preuves.

Alors il y a bien ce fait que sur la crête dessinée de son Bugarach de papier quelque chose "n'existe pas dans la réalité". Tout à gauche de la crête, un rocher en trop. 

LEONARD,VINCI,BUGARACHAu tracé par ailleurs griffonné comme à la suite d'un... enfin si j'ose dire, un "petit bug" microcosmique.  Car à première vue Léonard semblait donc avoir dessiné "trop haut" dans un premier temps, puis sa main serait ensuite revenue sur cette erreur pour décapiter ce rocher, un petit pyramidion rendu en quelque sorte transparent du fait même que les deux niveaux successifs demeurent visibles.

Mais en définitive quel est le bon ?

BUGARACH,LEONARD,VINCI

Car une étude très fine de ce tracé, au niveau de la jonction de ce "bégaiement graphique", montre que le seul scénario envisageable devrait être celui en réalité d'un passage de l'étape 1 à l'étape 2, et non l'inverse. Autrement dit la version du rattrapage d'une erreur en première intention ne tient pas, puisque "l'erreur" est dans la seconde intention, censée être par conséquent la version définitive.

Il n'y a donc pas eu rectification à la baisse de la hauteur du rocher... mais un rehaussement intentionnel !

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En somme une transgression assumée. "Au delà de la réalité", puisque la partie terminale de ce rocher a été dessinée par dessus la discrète ligne que l'on voit ici traversant horizontalement l'artefact à mi-hauteur ; ligne tracée au préalable pour contenir les hauteurs réelles des détails sur la crête. La transgression impliquant l'idée en puissance d'un message sous-jacent.

Avec ce fait au passage : le rehaussement de l'artefact est exactement du DOUBLE !.. de la hauteur initiale de ce détail (voir articles précédents du blog).

Or pour apparaître superposable au Bugarach (condition par ailleurs indispensable sans laquelle, faute de comparaison possible, nous n'aurions même pas pris conscience de "l'artificialité de l'artefact") la silhouette sur le croquis avait dû subir une anamorphose mise en oeuvre très exactement avec le même coefficient, le nombre entier le plus simple qui soit : 2 !

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C'était là déjà un signe laissant deviner une intention et donc tout sauf un hasard. Mais voilà donc maintenant qu'en petit, sur la crête de ce même dessin, Léonard à travers cet artefact astucieusement bricolé avait ni plus ni moins laissé discrètement traîner, en définitive...

 "l'idée d'une anamorphose".

Car ce que montre le tracé intentionnel de ce détail inventé sur la crête est ni moins qu'une métaphore.

Un message suggéré discrètement à celui qui, s'interrogeant sur le croquis d'une montagne anonyme dans un carnet, finirait par prendre conscience de devoir transposer la petite métaphore microcosmique au macrocosme de la montagne entière ! 

C'est ici que d'intention en intention, d'indice en message subliminal restera à ne pas oublier qu'il y avait aussi cette inscription de la main même de Léonard de Vinci, précisément à l'aplomb précis de la "métaphore". Comment ne pas en arriver à un moment ou un autre à tenter de déchiffrer ce qu'il avait bien pu écrire là, sur la crête.

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Or nous le verrons cette "légende", insérée il y a cinq siècles sur le dessin (et au delà de l'indice matériel permettant de repérer sur la crête l'antidote à l'amnésie visuelle de cinq siècles), livrera une information à peine imaginable. Une inscription qu'aucun expert surtout n'a jamais déchiffrée depuis (ce qui en soit restera quoiqu'il en soit un petit mystère aussi dans le mystère). 

Mais pour l'heure il y a donc ce pyramidion métaphorique juste sous l'inscription. Pourquoi donc Léonard de Vinci l'aurait dessiné là, et pas ailleurs ?

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Le hasard encore ? Regardons bien, en fort grossissement cette fois.

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Si un jour un génie universel était vraiment venu incognito pour dessiner une montagne perdue, tout au fond de ces Corbières qui devaient pourtant être un bien lointain far-west européen, pour un un florentin de la Renaissance, c'est qu'il devait y avoir une raison.

Quelle que soit celle-ci ça doit tout de même valoir la peine à ce stade de pousser l'enquête jusque dans ses retranchements. En d'autres termes sur ce croquis, unique trace matérielle dans notre dossier, il va falloir faire parler chaque détail. Descendre encore le degré d'observation, jusqu'au niveau du millimètre s'il le faut.

Or il y a là, dans les parages immédiats du rocher "en trop" quelque chose qui nous avait échappé jusqu'ici, un indice à la limite de la perception.

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Un petit trait vertical en effet, à peine perceptible au droit de la "métaphore".

Au premier abord on pense qu'il ne peut s'agir à nouveau que d'une "bavure", le crayon aurait ici dérapé dans la main du dessinateur - un génie artistique décidément bien maladroit pour d'abord avoir eu des difficultés à dessiner une montagne dans ses justes proportions, puis si mal "recopié" sa ligne de crête en y représentant un détail qui n'existe pas, et maintenant en laissant déraper malencontreusement sa pointe de sanguine. Car là encore si on regarde bien, il y a effectivement quelque chose qui ne va décidément pas. Ce petit millimètre d'un trait venant couper la ligne de crête verticalement... il n'y a rien là qui cloche ?

A-t-on déjà vu un crayon déraper perpendiculairement à la direction (horizontale) de la ligne qu'à cet instant sa pointe suivait en traçant une ligne de crête ?

Il n'y a pas d'autre explication : après avoir tracé la silhouette de la montagne puis inventé un rocher subliminal la main de Léonard était revenue là, encore une fois avec une intention bien précise.

BUGARACH,LEONARD,VINCIIl suffira  de consulter une carte IGN au 25000 ème, autrement dit une carte de randonnée actuelle. Et ce que savent tous les promeneurs du dimanche qui montent au Bugarach pour profiter de la vue devient alors évident.

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Il n'existe qu'un seul col sur le Bugarach permettant de basculer d'un versant à l'autre.

Et maintenant qu'après avoir déchiré le voile de son anamorphose le dessin a fini par ressembler à la réalité, il ne reste alors plus qu'à comparer le tracé du chemin sur la carte avec le croquis. La conclusion est alors imparable. 


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La "métaphore" n'avait été placée au hasard, mais exactement là où se trouve aujourd'hui ce col : l'unique passage dans la montagne. Aujourd'hui comme à la Renaissance.

Car bien sûr ce qui est vrai aujourd'hui l'était forcément il y a cinq siècles. Tout ça - une fois que grâce à la métaphore "hermétique" on avait compris qu'il fallait doubler la hauteur, puis après avoir comparé le dessin désanamorphosé avec la réalité - juste pour que grâce à l'anomalie alors constatée notre attention soit alors attirée sur cet emplacement, et aucun  autre sur la montagne : le passage dans le Bugarach.

En somme Léonard de Vinci nous adressait un message :

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Ca prendra le temps qu'il faudra, mais quand grâce à ma petite métaphore vous aurez fini enfin par comprendre que cette montagne dans mes carnets est le Bugarach, autrement dit une montagne quelque part dans le monde réel, alors vous aussi, sortez maintenant du dessin et entrez  dans la réalité, là, précisément, où pour vous...

... j'ai coché un passage dans la montagne."

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Alors maintenant il n'y a plus qu'à comprendre où tout ça peut mener.

Car bien entendu depuis cinq siècles les choses sont restées en l'état. Il n'y a toujours qu'un seul et unique chemin dans la montagne, impossible de faire autrement que de passer par ce lieu que Léonard avait "balisé" sur son plan en érigeant un petit cairn artificiel. Les montagnes et leurs passages ne changent pas même en cinq siècles. Ce sont juste les hommes qui finalement passent et repassent devant sans prendre le temps de lever la tête vers la crête, pour voir qu'il y a là un passage en quelque sorte dans le temps. Ce passage qui devrait donc nous permettre cette fois cinq siècles après de mettre nos pas, et sans qu'il y ait ici cette fois l'ombre d'une métaphore, exactement dans ceux d'un génie "égaré" sur les chemins d'une montagne réelle.  

Bref, il était monté là-haut.

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Léonard de Vinci était un jour monté au sommet du Bugarach.


Voilà le message perdu que parait dissimuler ce dessin resté "voilé" un demi-millénaire dans un carnet.

Autrement dit... juste avant de repartir comme il était venu, sans que plus personne n'entende jamais parler dans le petit village de cet inconnu venu leur voler le profil de leur montagne, et sans oublier auparavant d'effacer toute trace derrière lui de son passage en déformant cette silhouette dans son carnet de voyage, Léonard avait fait une dernière chose encore.

Il nous avait laissé un signe de piste. Une invitation à le suivre, un jour, sur le chemin. Le croquis perdu n'est en effet pas autre chose, grâce à l'invention de la perspective donnant l'illusion du relief,  en définitive qu'un plan en 3D : un plan d'accès au Bugarach.

Ainsi celui qui serait revenu là un jour avec en main un vieux croquis jauni par les siècles, et une fois décadenassé le code de cryptage d'un simple regard de travers se serait dit devant cette muraille de pierre : "Et maintenant ?", laissant alors ses yeux courir le long de la ligne de crête  et réalisant la présence de quelque chose qui n'avait rien à faire là-haut, aurait nécessairement fini par comprendre qu'il y avait un passage.

Car la question en définitive aurait été celle-ci : que fait-on dans la réalité quand une piste en pleine nature, dans un contexte "rocheux", s'interrompt faute d'un tracé visible ?

Les bons randonneurs ne renonçant pas pour si peu, et ne prenant pas pour autant le risque de s'en remettre au hasard, savent qu'il faut alors porter le regard au loin, repérer un cairn, et surtout ne plus lâcher ce "témoin" des yeux jusqu'au moment de l'avoir rejoint.

La présence en effet d'un cairn au lointain signifie "qu'un autre est venu là avant". Et donc qu'il y a un passage possible. Mais il faut nécessairement savoir dans ce cas reconnaître de loin le fait avant tout qu'il s'agisse bien d'un témoin artificiel, et non d'un quelconque rocher naturel. Un objet par conséquent "fait de main d'homme". Un artefact en somme, qui par "contraste" se distinguera dans un contexte de "nature".

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Cet objet "culturel" dans la réalité d'une montagne porte bien un nom : un cairn, une borne qui symbolisait autrefois le dieu des passages justement, dans les montagnes : Hermès, ou Mercure, le dieu alchimique de la Table d’Émeraude. Et que disait-il encore ? Que le haut était comme le bas, et donc le macrocosme comme le microcosme. Et inversement : la petite métaphore comme la montagne toute entière.

Mais Hermès était aussi le dieu des voyageurs perdus. Alors il leur bâtissait discrètement des cairns sur le chemin, en l’occurrence ici un cairn de sanguine sur un vieux plan jauni par les siècles. 

Le rocher en trop, et donc fait de main d'homme sur la crête, n'était bien qu'un cairn de papier sur un plan, destiné à nous faire comprendre qu'un autre était passé, et donc qu'un chemin, qui avec le temps semblait s'être presque effacé était encore possible.

La piste interrompue depuis cinq siècles reprenait donc là-haut. 

A partir de là, qu'auriez-vous fait à ma place ?


Jean-Pierre PERINI

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