09/02/2013

Léonard de Vinci, la petite métaphore microcosmique et le Bugarach

A cause d'un dessin qui dans ses carnets montre une silhouette superposable à celle du Pic de Bugarach, l'hypothèse d'un Léonard de Vinci venu un jour dans les Corbières semble nous laisser avec des questions apparemment aussi insolvables "sur le papier", que dans la réalité la muraille de roche de la montagne paraît infranchissable. 

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Pour espérer trouver un indice il n'y aurait donc pas d'autre voie que de tenter de faire parler l'unique pièce à conviction à ce stade de ce dossier : le dessin lui-même.

BUGARACH LEONARD VINCI

Un dessin de montagne censé représenter la réalité. Pourtant il y a donc quelque chose sur la ligne de crête qui contrevient de façon flagrante avec la réalité.

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Si Léonard de Vinci avait représenté le Pic de Bugarach alors pourquoi tout à gauche de la crête aurait-il dessiné... "quelque chose qui n'existe pas" ?

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En effet il y a là comme une sorte de rocher griffonné induisant une idée évidente de reprise et de ce fait attirant d'autant plus l'attention que partout ailleurs le tracé parait réalisé d'une main ferme et définitive. Un artefact, au vu de la réalité attendue en ce point de la ligne de crête, dont par ailleurs l’Intérêt se voit renforcé par le fait que la main même de Léonard le surmonte d'une inscription ; en l’occurrence la plus significative. Au niveau de cet objet graphique la ligne discrètement dessinée qui apparaît juste au dessus de la ligne de crête proprement dite, et destinée à définir la limite à ne pas dépasser pour les détails (voir note précédente) a ici été franchie sans hésitation bien au dessus, exactement au double, du niveau correspondant à la réalité. Bien sûr on imagine en première analyse que la main de Léonard de Vinci après une erreur (une telle erreur de la part d'un génie artistique ?) soit tout simplement revenue dans un deuxième temps à cet emplacement pour reprendre et corriger une erreur "à la baisse", d'où le griffonnage, l'artiste  ne pouvant effacer purement et simplement le tracé erroné éxécuté à la sanguine.

DETAIL CRETE.PNG

Une très fine analyse cependant des tracés montre un scénario tout autre. Le plus élevé des deux niveaux présente des interruptions de tracé à mi-hauteur. Or si le plus petit des tracés avait été réalisé après le plus élevé rien ne permettrait d'expliquer l'absence de solution de continuité observée sur les deux pentes de ce tracé extérieur. 

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Autrement dit il semble donc qu'il y ait eu reprise du tracé du niveau le plus élevé, ce qui implique que ce soit ce tracé le plus élevé qui ait fait l'objet d'une correction.

En d'autres termes il n'y a pas eu correction à la baisse pour revenir après coup au niveau de hauteur le plus bas correspondant à la réalité, une réalité par ailleurs prédéfinie par la ligne de contention tracée par l'artiste, mais un rehaussement.

Or dans ce cas une surélévation qui aurait donc porté le niveau de tracé au dessus du niveau réel, en l’occurrence du double. On peut parler ici d'une transgression graphique contrevenant à la recherche de réalisme qui domine dans tout le reste du croquis de cette montagne. En ce sens cette transgression sous-entend l'idée d'une intention. Intention derrière laquelle on peut raisonnablement envisager le fait d'un message sous-jacent. 

En résumé en première intention la main de Léonard aurait ainsi dessiné juste, on ne pouvait s'attendre à moins de sa part, c'est ensuite qu'il y a eu "l'erreur volontaire" du rehaussement. Détail qui du fait de ce dépassement mais aussi de son apparence griffonnée à fortiori surmontée d'une inscription ne pouvait qu'attirer l'attention de tout observateurjusqu'à devoir réaliser que le pyramidion était bien "en trop" sur le dessin, à ce niveau en tout cas de hauteur, par rapport à la réalité du Pic de Bugarach. 

Pourquoi dans ce cas cette erreur volontaire ?

Il va falloir maintenant tenter de comprendre, mais quoiqu'il en soit il est clair, le fait est essentiel, que la conséquence directe de ce fait intentionnel aura donc été d'aimanter irrésistiblement le regard sur cet emplacement de la ligne de crête, où paradoxalement dans cette réalité du Bugarach que peuvent visiter chaque jour les randonneurs aujourd'hui :  "il n'y a rien".

Résumons :

1. Un élément de relief attirant l'attention sur ce point de la crête en raison de son aspect griffonné détonant dans un contexte globalement défini d'une main ferme

2. Un artefact dérogeant de ce fait dans un dessin globalement fidèle à la réalité, une fois bien sûr inversée l'anamorphose.

3. Une reprise de tracé non pas corrigeant une erreur manifeste mais créant intentionnellement un écart par rapport à la réalité, en l’occurrence par une surélévation pouvant être mesurée même d'un rapport 2.

4. Une inscription très visible et par ailleurs la plus significative du dessin entier

Quatre éléments superposés en un point unique du dessin qui ne peuvent que soulever la question d'une intention et donc celle d'une finalité sous-tendant leur mise en oeuvre.

Maintenant il convient de faire un constat. Pourquoi nous posons-nous ces questions ? Ou si l'on veut nous serions-nous posés ces questions si nous n’avions pas découvert dans la réalité une montagne superposable à un dessin une fois celui-ci ayant subi une anamorphose, en l'occurrence d'un coefficient 2 ?

La réponse est non. Devant un dessin resté en l'état tel qu'il apparaît dans les carnets nous aurions éventuellement observé la curiosité d'une reprise de tracé et certainement noté la présence de l'inscription mais jamais le fait d'une artificialité de la présence en ce point d'un élément surélevé ne nous aurait atteint.

En d'autres termes le pertinence de l'observation, pour ce qui est de l'artefact pour commencer, ne s'adresse qu'à ceux qui au préalable, comme nous en ce moment, ont trouvé d'une part quelque part dans le monde réel une montagne ressemblante, mais s'adresse également à ceux qui ont noté que cette montagne n'apparaît ressemblante qu'une celle-ci "désanamorphosée".

Bref, ces faits observables ne s'adressent-ils pas en définitive à ceux qui à ce stade en seraient venus à se poser les questions mêmes que nous nous sommes posées ? Quelles ont été en effet nos questions ?

1. Le fait qu'une anamorphose ait permis au dessin de se superposer à une réalité tient-il du hasard ou d'une intention ?

2. Dans le second cas pourquoi une erreur en ce point par rapport à la réalité ?

 

Pour la question 1. comment se définit donc "techniquement" la transformation de l'anamorphose sinon par un étirement vertical du double de la hauteur initiale de la montagne dessinée. 

Pour la question 2. à quoi peut servir d'attirer notre attention sur l'artefact en trop sinon à nous suggérer d'analyser finement cet artefact. Ce que nous avons fait, et qu'avons-nous conclu ? 

Que cet artefact résultait d'une surélévation du double de la hauteur initiale de la petite colline de départ.

 

Voilà où est la... finalité.

Nous, qui avons noté le fait qu'en étirant le dessin d'une montagne du double de sa hauteur le résultat se superpose à une vraie montagne, puis qui de ce fait même avons ensuite noté qu'en un endroit unique du dessin le dessin diverge pourtant sensiblement de cette réalité, ne devions-nous pas immanquablement en venir à noter que cet artefact s'étirait tout autant du double de sa hauteur pour contrevenir à la réalité ? 

Bref Léonard de Vinci dans un message subliminal mais ciselé avec une précision "psychologique" d'une finesse absolue ne s’adressait il pas à nous, personnellement, directement par delà le mur du temps, comme s'il avait pré-entendu la seule question honnête et censée que nous devions nous poser :

Avons-nous vraiment raison de croire qu'il y ait eu intention de la part de l'artiste pour dissimuler le Bugarach d'un voile anamorphique ?

puis répondu lui-même à cette question en piégeant d'abord notre regard en un lieu précis de la crête, à cause d'une anomalie, puis en nous montrant grâce à quoi en définitive, sinon une petite métaphore d'anamorphose linéaire de coefficient 2 aussi, que non... nous n'avions pas tort de le croire : il y avait bien  intentionnalité, la petite métaphore microcosmique était là pour nous, après avoir attendu cinq siècles, et espérant que quelqu'un finisse un jour par comprendre.

Alors et maintenant... l'inscription.

Le fait est très complexe en réalité. Nous verrons que cette inscription viendra ouvrir un champ d'investigation, pour ce qui est des motivations du voyage oublié, dont nous ne pouvons à ce stade qu'à peine imaginer la portée. Mais en première intention nous verrons aussi que cette inscription - avec un humour à peine concevable et destiné aux experts de son temps qui certainement plaisantaient moins encore que ceux d’aujourd’hui avec les images cachées dans les images,  ce qui n'est pas peu dire - non seulement déminait par avance toute entreprise inquisitrice destinée à défaire trop vite le secret de cette image, mais également livrait une clef d'interprétation qui tient dans le concept même de MACROCOSME.

Un concept issu du pythagorisme et qu'après Ficin, Pic de la Mirandole l'ami de Léonard avait étudié dans le cadre de la traduction de ce texte retrouvé alors et traduit avec pour objet de définir le rapport entre le haut et le bas, ou encore le grand et le petit. Pour tout dire le MACROCOSME et le MICROCOSME. Ici le concept s'applique dans un rapport entre MONTAGNE macrocosmique et PETITE COLLINE microcosmique.

La montagne est comme la colline. Et inversement. 

Nous étions donc invités à comprendre, à travers l'inscription je reviendrai sur ce point, que si le haut était comme le bas, et inversement, alors la montagne était comme la colline. Et inversement, avec le même coefficient d'anamorphose.

 

Le rapport entre "le petit et le grand" était encore une fois au cœur même de la cabale chrétienne que Ficin et Pic de la Mirandole avaient codifiée à la Renaissance, et Léonard, l'ami de Pic, connaissait indiscutablement ces notions en définitive proches du pythagorisme et donc du concept de mise en harmonie entre l'homme et le monde, le PETIT homme et le GRAND univers.

Mais à quoi cela sert-il ?

A ce stade, en revenant à l'artefact sur la crête de la montagne sur le dessin, il fallait donc prendre conscience d'une chose. Le petit pyramidion qui avait donc été relevé artificiellement de la main même de Léonard, ne l'avait pas été du tout au hasard.

Le REHAUSSEMENT avait été exactement du DOUBLE, entre le niveau de départ et le suivant.

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Alors...

-  Un rehaussement

-  Un coefficient multiplicateur d'une valeur entière, et la plus simple qui soit : 2

De quoi rappeler quelque chose...

C'était ni plus ni moins ce qui s'était passé pour le dessin de la montagne elle-même, qui pour ressembler au Pic de Bugarach avait du être :

-  Rehaussée

-  Avec un coefficient d'anamorphose d'une valeur exacte de 2 !

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Le même coefficient pour le pyramidion rehaussé... et l'anamorphose... 

En fait tout se passerait ici comme si Léonard de Vinci avait créé de toute pièce un objet virtuel qui n'existe pas dans la réalité (le cairn, l'artefact) pour tout d'abord piéger grâce à un "griffonnage" notre regard sur cet emplacement précis dans le dessin, jusqu'à devoir réaliser ensuite que cet objet paradoxal n'était pas autre chose qu'une petite... métaphore d'anamorphose !

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En d'autres termes à partir du dessin tel qu'il se présentait initialement dans le carnet de Léonard de Vinci (et qui depuis cinq siècles n'avait jamais permis en l'état d'identifier le modèle en pleine nature) il suffisait après en avoir pris conscience, et après avoir fait parler le mot mystérieux inscrit comme par hasard juste au dessus : une référence nous le verrons dans le détail dans un autre article du blog au signe du Macrocosme) de...

... transposer la petite métaphore microcosmique de l'artefact, au macrocosme de la montagne entière.

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Et ainsi rompre enfin un enchantement qui avait plongé la réalité du Bugarach dans un sommeil de cinq siècles. Grâce en définitive à un ANTIDOTE que Léonard avait lui-même laissé sur la crête pour nous permettre de réveiller la montagne. Plus exactement notre prise de conscience puisque la montagne elle, n'a pas changé en cinq siècles. Nous n'avions fait que passer devant avec trop d'indifférence, laissant même notre attirance pour les fantasmagories - un certain roman d'aérogare au sujet d'un certain code lié à da Vinci et une apocalypse d'opérette pour ce qui est du Bugarach - s'interposer entre notre raison et la réalité.

 

Pour ce qui est donc de l'anamorphose : peut-on maintenant toujours penser que cette histoire d'anamorphose tenait de la coïncidence, sachant encore une fois que ce dessin se trouve dans un carnet de celui-la même qui avait inventé l'anamorphose ?

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Condition sine qua non pour en venir ensuite à prendre conscience du fait

- que Léonard avait dessiné le plus haut sommet des Corbières, et donc

- que pour ça il l'avait nécessairement rencontrée, et donc

- qu'il avait fait un voyage par voie de mer ou de terre entre l'Italie et le piémont nord pyrénéen sans que personne n'en sache jamais rien.

Avec dans ce cas ce fait déroutant que cette "perte de mémoire" il l'avait lui-même organisée et mise en scène. Mais plus encore, c'est donc lui aussi - en insérant à même le croquis piégé "l'antidote" qui permettrait un jour de remonter le temps jusqu'à l'instant précis où il avait levé les yeux sur le Bugarach, quelque part sur un chemin perdu - qui avait donc organisé en personne le fait qu'un jour on puisse finir par comprendre. Grâce à l'allégorie du pyramidion, et surtout au principe de "mémoire de forme" ; propriété inhérente à toute anamorphose. 

 

Faut-il maintenant s'arrêter là dans cette enquête ?

Revenons à cet emplacement qui sur la montagne était censé aimanter notre regard grâce à un artefact. Nous y avons donc trouvé ce rocher paradoxal "qui n'existe pas dans la réalité" parce qu'il n'avait d'autre fonction que de servir de métaphore pour une anamorphose...

Alors reprenons les recherches à partir de l'endroit où la piste s'est arrêtée.

S'il nous a mené jusque là ça ne peut-être par hasard. C'est bien qu'il doit y avoir quelque chose, ici, ou là, quelque part autour du petit "pyramidion transparent".

Vous ne voyez rien ?

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Je vous laisse chercher.

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Si bien sûr, vous l'avez vu. Et vous commencez à comprendre. Il y avait bien encore quelque chose, un détail présent depuis le départ, mais trop insignifiant pour sembler avoir quelque importance. Trop au delà quoiqu'il en soit de la perception immédiate pour prendre conscience de ce qu'implique nécessairement son tracé si... paradoxal.

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Demain nous presserons donc la dernière goutte du vieux secret perdu de Léonard de Vinci. Enfin, pas trop vite, ne nous emballons pas. Si pour le moins nous retrouvons un début de sentier permettant, à partir de la crête du Bugarach, de reprendre l'enquête ce ne sera déjà pas si mal.

A demain donc pour la suite des aventures.

 

Jean-Pierre PERINI

 

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